Le voile (hijab) en Islam : sens, conditions et sagesse

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بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

Peu de sujets suscitent autant de débats que le voile. Dans les médias, il est tour à tour présenté comme un symbole politique, un signe d’oppression ou une revendication identitaire. Dans les familles, il fait parfois l’objet de discussions tendues entre générations. Et pour beaucoup de femmes musulmanes, il est d’abord une question intime : « Est-ce vraiment une obligation ? Pourquoi ? Et comment le porter correctement ? » Au milieu de ce bruit, une voix se fait souvent rare : celle des textes eux-mêmes.

Cet article vous propose de revenir à la source. Que signifie exactement le mot « hijab » ? Que disent le Coran et la Sunna ? Quelles sont les conditions de la tenue selon les savants, et où se situent leurs divergences, notamment sur le voile du visage ? Et surtout, quelle est la sagesse de cette prescription ? Car avant d’être un vêtement, le hijab est une adoration offerte à Allah seul, et non au regard des gens : c’est une expression directe du tawhid, l’unicité d’Allah, appliquée à la manière de se présenter au monde.

وَلِبَاسُ التَّقْوَىٰ ذَٰلِكَ خَيْرٌ « Mais le vêtement de la piété voilà qui est meilleur. »
— Coran, Sourate Al-A’raf (7:26)

1. Que signifie « hijab » ?

Dans le langage courant, le mot hijab désigne le foulard que portent les femmes musulmanes. Mais en arabe, il signifie d’abord « écran », « séparation », « ce qui dissimule ». Dans le Coran, c’est d’ailleurs dans ce sens qu’il est employé, par exemple au sujet de l’écran derrière lequel les Compagnons devaient s’adresser aux épouses du Prophète ﷺ (33:53).

Pour désigner les vêtements eux-mêmes, le Coran utilise deux autres mots :

Le khimar (خِمَار, pluriel khumur) : le voile qui couvre la tête. Le mot vient d’une racine qui signifie « couvrir ». Il est mentionné dans la sourate An-Nur (24:31).

Le jilbab (جِلْبَاب, pluriel jalabib) : le grand vêtement ample porté par-dessus les habits pour sortir, que Hamidullah traduit par « grand voile ». Il est mentionné dans la sourate Al-Ahzab (33:59).

Le hijab au sens large : aujourd’hui, le mot désigne l’ensemble de la tenue pudique de la femme musulmane, et plus largement une attitude de pudeur (haya’) qui concerne aussi le regard, la parole et le comportement.

2. Ce que dit le Coran

Le texte de référence se trouve dans la sourate An-Nur. Il commence par demander aux croyantes « de baisser leurs regards, de garder leur chasteté », puis poursuit :

وَلَا يُبْدِينَ زِينَتَهُنَّ إِلَّا مَا ظَهَرَ مِنْهَا ۖ وَلْيَضْرِبْنَ بِخُمُرِهِنَّ عَلَىٰ جُيُوبِهِنَّ

« … et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines… »

— Coran, Sourate An-Nur (24:31)

Ce que ce verset implique concrètement : le mot traduit par « voile » est khumur, le pluriel de khimar, c’est-à-dire le voile de tête. Selon les exégètes comme Ibn Kathir, beaucoup de femmes de l’époque portaient déjà un voile de tête en laissant le cou et l’encolure découverts : le verset leur demande de le rabattre sur la poitrine, de façon à couvrir aussi le cou et l’encolure. Le même verset énumère ensuite les personnes devant lesquelles la femme peut se montrer sans cette couverture, notamment : son mari, son père, son beau-père, ses fils, les fils de son mari, ses frères, ses neveux, les autres femmes, ainsi que les enfants qui ne sont pas encore conscients de la sexualité.

La réaction des premières musulmanes à ce verset est restée célèbre. ‘A’isha رضي الله عنها disait : « Qu’Allah fasse miséricorde aux premières femmes émigrées ! Lorsqu’Allah révéla : « qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines », elles déchirèrent leurs étoffes et s’en couvrirent. » (rapporté par Al-Bukhari, n°4758). Le second verset concerne la tenue de sortie :

يَا أَيُّهَا النَّبِيُّ قُل لِّأَزْوَاجِكَ وَبَنَاتِكَ وَنِسَاءِ الْمُؤْمِنِينَ يُدْنِينَ عَلَيْهِنَّ مِن جَلَابِيبِهِنَّ

« Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront ainsi d’être offensées… »

— Coran, Sourate Al-Ahzab (33:59)

Ce que ce verset implique concrètement : l’ordre s’adresse d’abord aux femmes de la propre famille du Prophète ﷺ, puis à toutes les croyantes. Personne n’en est exempté par son rang. Et le verset donne lui-même une partie de sa raison d’être : être « reconnues » comme des femmes croyantes et dignes, et être protégées du harcèlement. Nous y reviendrons dans la section sur la sagesse.

3. Une obligation reconnue par les quatre écoles

Sur la base de ces versets et de la pratique des Compagnons, les quatre écoles juridiques sunnites (hanafite, malikite, chafi’ite et hanbalite) s’accordent sur le fait que la femme musulmane pubère doit couvrir son corps et ses cheveux devant les hommes qui ne font pas partie de ses proches interdits au mariage (mahram). Leur divergence porte sur le visage et les mains, que nous verrons plus loin, et non sur le principe du voile lui-même.

La Sunna montre l’importance que le Prophète ﷺ accordait à cette tenue. Lorsqu’il ordonna aux femmes de sortir pour la prière de l’Aïd, l’une d’elles posa une question :

« L’une d’entre nous n’a pas de jilbab. » — « Que sa sœur la couvre de son propre jilbab. »

— Rapporté par Al-Bukhari (n°351) et Muslim (n°890), d’après Umm ‘Atiyya رضي الله عنها

Ce que ce hadith implique concrètement : deux enseignements à la fois. D’abord, sortir sans jilbab n’était pas envisagé, même pour une occasion aussi importante que l’Aïd. Ensuite, et c’est tout aussi beau, la solution proposée n’est pas l’exclusion mais la solidarité : la femme qui n’a pas de voile n’est pas laissée à la maison, c’est sa sœur qui partage le sien. Le hijab est une affaire de communauté bienveillante, pas de surveillance.

Quant à l’âge, l’obligation commence à la puberté. Un hadith rapporté par Abu Dawud (n°4104), d’après ‘A’isha رضي الله عنها, précise que lorsque la femme atteint l’âge des menstrues, il ne convient pas que l’on voie d’elle autre chose que « ceci et ceci », en désignant le visage et les mains. Précision sur l’authenticité : Abu Dawud lui-même signale que sa chaîne est interrompue (mursal), le narrateur Khalid ibn Durayk n’ayant pas rencontré ‘A’isha. Al-Albani l’a néanmoins jugé authentique grâce à d’autres chaînes qui le renforcent, ce que d’autres savants contestent. C’est l’un des textes au cœur de la divergence sur le visage.

4. Les conditions de la tenue

Le hijab n’est pas seulement un foulard posé sur la tête. À partir des textes, les savants ont dégagé plusieurs conditions que doit remplir la tenue de la femme devant les hommes non mahram. Le cheikh Al-Albani les a rassemblées dans son ouvrage Jilbab al-mar’a al-muslima, et on les retrouve, avec des variations, dans de nombreux ouvrages de fiqh :

1. Couvrir le corps : l’ensemble du corps, à l’exception du visage et des mains selon la majorité, ou y compris ceux-ci selon d’autres savants (voir section 5).

2. Ne pas être une parure en soi : le voile a pour but de couvrir la beauté, non d’attirer les regards par sa décoration.

3. Être opaque : un tissu transparent ne remplit pas la fonction de couverture. Le Prophète ﷺ a mis en garde contre les femmes « vêtues mais nues » (rapporté par Muslim, n°2128, d’après Abu Hurayra رضي الله عنه), ce que les savants ont expliqué par des vêtements transparents ou trop moulants.

4. Être ample : ne pas mouler les formes du corps, pour la même raison.

5. Ne pas être parfumée en public : le Prophète ﷺ a sévèrement blâmé la femme qui se parfume pour passer devant des hommes afin qu’ils sentent son parfum (rapporté par An-Nasa’i, n°5126, d’après Abu Musa al-Ash’ari رضي الله عنه — jugé hasan).

6. Ne pas ressembler aux vêtements des hommes : le Prophète ﷺ a maudit les hommes qui imitent les femmes et les femmes qui imitent les hommes (rapporté par Al-Bukhari, n°5885, d’après Ibn ‘Abbas رضي الله عنهما).

7. Ne pas être un vêtement de vanité : « Quiconque porte un vêtement de renommée (pour se faire remarquer), Allah le revêtira d’un vêtement semblable le Jour de la Résurrection » (rapporté par Abu Dawud, n°4029, d’après Ibn ‘Umar رضي الله عنهما — jugé hasan par Al-Albani).

Al-Albani ajoute une condition supplémentaire : ne pas imiter les tenues propres aux femmes non musulmanes. Les savants en discutent la portée ; elle concerne ce qui est un signe distinctif d’une autre religion, et non tout vêtement porté par des non-musulmanes.

Ces conditions ne prescrivent ni une couleur, ni une coupe, ni un style particulier. Une tenue peut être élégante, moderne et adaptée à la culture locale, du moment qu’elle les respecte. C’est d’ailleurs ce que montre la diversité des tenues pudiques à travers le monde musulman.

5. Le visage et les mains : une divergence réelle

Faut-il couvrir aussi le visage, avec ce que l’on appelle aujourd’hui le niqab ? C’est la question sur laquelle les savants divergent réellement, depuis les premiers siècles. Les deux avis s’appuient sur des textes, et sont défendus par des savants reconnus. Les présenter honnêtement est la meilleure façon de respecter à la fois les textes et les femmes qui font l’un ou l’autre choix.

Premier avis : le visage et les mains peuvent rester découverts

Qui le soutient : c’est la position de base de l’école hanafite (exposée notamment par Al-Kasani), celle de nombreux savants malikites (comme Al-Mawwaq, citant le Qadi ‘Iyad) et chafi’ites (comme Ash-Shirazi). Ibn Qudama, grand savant hanbalite, a lui aussi argumenté en ce sens. Parmi les contemporains, le cheikh Al-Albani l’a défendue en détail.

Ses principaux arguments : l’exégèse de « ce qui en paraît » (24:31) par Ibn ‘Abbas رضي الله عنهما comme désignant le visage et les mains, rapportée par At-Tabari dans son Tafsir ; le hadith d’Abu Dawud (n°4104) évoqué plus haut ; le hadith de la femme de Khath’am, venue questionner le Prophète ﷺ pendant le pèlerinage d’adieu, que Al-Fadl ibn ‘Abbas se mit à regarder et que le Prophète ﷺ ne pria pas de se couvrir, mais dont il détourna le visage d’Al-Fadl (rapporté par Al-Bukhari, n°1513, d’après Ibn ‘Abbas) ; et l’interdiction faite à la femme en état de sacralisation de porter le niqab et des gants (rapporté par Al-Bukhari, n°1838, d’après Ibn ‘Umar), qui montrerait que le visage n’est pas en lui-même une partie à couvrir.

Une nuance importante : de nombreux savants hanafites et malikites, tout en considérant que le visage n’est pas une partie intime (‘awra), ont jugé qu’il devait être couvert en cas de crainte de tentation (fitna), et certains ont estimé que c’était le cas à leur époque. Couvrir le visage reste, pour les tenants de cet avis, un acte méritoire.

Second avis : le visage doit être couvert devant les hommes non mahram

Qui le soutient : c’est la position retenue dans l’école hanbalite, pour laquelle le visage et les mains sont à couvrir en dehors de la prière vis-à-vis du regard des hommes (Kashshaf al-Qina’ d’Al-Buhuti). C’est aussi l’avis retenu par de nombreux chafi’ites tardifs, comme Ibn Hajar al-Haytami et Ar-Ramli, et l’avis que certains malikites, comme Ibn Marzuq, ont présenté comme le plus connu de leur école. Parmi les contemporains, les cheikhs Ibn Baz et Ibn ‘Uthaymin l’ont défendu.

Ses principaux arguments : l’exégèse de « ce qui en paraît » par Ibn Mas’ud رضي الله عنه comme désignant les vêtements extérieurs ; la compréhension du verset 33:59 (« ramener sur elles leurs grands voiles ») comme incluant le visage ; le récit de ‘A’isha رضي الله عنها qui, lors de l’épisode de la calomnie, dit : « J’ai couvert mon visage de mon jilbab » en voyant arriver un homme (rapporté par Al-Bukhari, n°4750) ; et la critique de la chaîne du hadith d’Abu Dawud n°4104.

Ce qu’il faut retenir : même la manière de résumer la position de chaque école fait débat entre chercheurs contemporains : certains affirment que la majorité permet de découvrir le visage, d’autres que la majorité l’impose aujourd’hui pour éviter la tentation. Ce qui est certain, c’est que les deux avis sont légitimes et défendus par des savants reconnus. La femme qui couvre son visage suit un avis solide et mérite le respect ; celle qui le laisse découvert, en respectant les autres conditions, suit elle aussi un avis solide et ne doit pas être accusée de négliger sa religion. Chacune peut suivre l’avis qui la convainc, idéalement en consultant un savant de confiance.

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6. La pudeur, une affaire d’hommes aussi

On l’oublie souvent : dans la sourate An-Nur, le verset adressé aux hommes vient avant celui adressé aux femmes.

قُل لِّلْمُؤْمِنِينَ يَغُضُّوا مِنْ أَبْصَارِهِمْ وَيَحْفَظُوا فُرُوجَهُمْ

« Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. »

— Coran, Sourate An-Nur (24:30)

Ce que ce verset implique concrètement : la responsabilité de la pudeur n’est pas reportée sur les seules femmes. L’homme a son propre « hijab » : celui du regard. Le hadith de la femme de Khath’am l’illustre parfaitement : face à un jeune homme qui regardait une femme avec insistance, le Prophète ﷺ ne s’en est pas pris à elle, il a tourné de sa main le visage d’Al-Fadl dans l’autre direction (Al-Bukhari n°1513). Un homme qui exige le hijab des femmes sans baisser lui-même le regard n’a retenu que la moitié du message. La pudeur (haya’) est une vertu commune, et le Prophète ﷺ a dit : « La pudeur fait partie de la foi » (rapporté par Al-Bukhari, n°24, et Muslim, n°36, d’après ‘Abdullah ibn ‘Umar رضي الله عنهما).

7. La sagesse du hijab

Le croyant obéit à Allah d’abord parce qu’Il est Allah, même lorsqu’il ne saisit pas toute la sagesse d’une prescription. Mais les textes et les savants mettent en lumière plusieurs dimensions du hijab, qui aident à le vivre avec conviction plutôt qu’avec contrainte :

🤍 Une adoration : avant tout, le hijab est un acte d’obéissance offert à Allah. C’est pourquoi sa valeur dépend de l’intention : il est porté pour Allah, et non pour plaire à une famille, à une communauté ou à un mari.

🛡️ Une protection : le Coran le dit explicitement : les croyantes « en seront plus vite reconnues et éviteront ainsi d’être offensées » (33:59).

👁️ Une dignité choisie : le hijab déplace le regard de l’apparence vers la personne. Dans une société qui juge souvent les femmes sur leur corps, il affirme qu’elles ont autre chose à offrir.

🌿 Un rappel permanent : chaque fois qu’elle le met, la croyante se souvient de Celui pour qui elle le porte. C’est le « vêtement de la piété » dont parle le Coran (7:26).

🤝 Une identité : il rend visible l’appartenance à la communauté des croyants, et en fait une forme de témoignage silencieux.

Il faut cependant garder un équilibre. Le hijab est une partie de la religion, pas son tout. Le Prophète ﷺ a dit :

« Allah ne regarde ni vos apparences ni vos biens, mais Il regarde vos cœurs et vos actes. »

— Rapporté par Muslim (n°2564), d’après Abu Hurayra رضي الله عنه

Ce que ce hadith implique concrètement : il rappelle à celle qui porte le voile qu’il doit s’accompagner d’un bon caractère, et à ceux qui l’observent que nul ne connaît le cœur d’autrui.

8. Pour celles qui cheminent vers le hijab

Beaucoup de femmes musulmanes ne portent pas encore le hijab, ou le portent avec difficulté. Les raisons sont nombreuses : la peur du regard des autres, des contraintes professionnelles, une famille réticente, un doute intérieur, ou simplement le sentiment de « ne pas être prête ». Ces difficultés sont réelles, et il serait injuste de les balayer d’un revers de main.

🤍 Quelques repères honnêtes : ne pas porter le hijab est, selon les savants, un manquement à une obligation, mais cela ne fait pas sortir de l’Islam celle qui reconnaît cette obligation. Une femme qui ne le porte pas encore reste une sœur, avec sa prière, sa foi et ses bonnes œuvres, que personne n’a le droit de mépriser. Le chemin peut se faire par étapes : apprendre, comprendre la sagesse, invoquer Allah pour la force, s’entourer de sœurs bienveillantes. Et lorsque le voile entraîne des difficultés au travail ou dans la société, la patience qu’on y met est elle-même une adoration récompensée : notre article sur la patience (sabr) en Islam pourra vous y aider. Pour une situation de contrainte réelle (professionnelle, légale ou familiale), mieux vaut consulter un savant de confiance, qui pourra examiner votre cas précis.

À l’entourage, enfin, revient une responsabilité : celle d’encourager sans juger. L’exemple d’Umm ‘Atiyya le montre : quand une femme n’avait pas de voile, la réponse du Prophète ﷺ fut de demander à sa sœur de partager le sien. Le hijab se transmet par la bienveillance, l’exemple et la douceur, bien plus que par la pression ou la honte.

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Questions fréquentes


Le hijab est-il obligatoire en Islam ?

Oui. Les quatre écoles juridiques sunnites s’accordent sur l’obligation pour la femme musulmane pubère de couvrir son corps et ses cheveux devant les hommes non mahram, sur la base des versets 24:31 et 33:59 et de la pratique des Compagnons. La divergence entre savants porte uniquement sur le visage et les mains, et non sur le principe du voile.

À partir de quel âge faut-il porter le hijab ?

L’obligation commence à la puberté, comme les autres obligations religieuses. Un hadith rapporté par Abu Dawud (n°4104) évoque la femme qui atteint l’âge des menstrues ; sa chaîne est jugée interrompue par Abu Dawud lui-même, mais Al-Albani l’a authentifié par d’autres chaînes. Beaucoup de familles habituent progressivement les jeunes filles au voile avant la puberté, sans que ce soit une obligation à cet âge.

Devant qui une femme peut-elle enlever son hijab ?

Le verset 24:31 énumère les personnes devant lesquelles la femme peut se montrer sans voile, notamment : son mari, son père, son beau-père, ses fils, les fils de son mari, ses frères, ses neveux, les autres femmes et les jeunes enfants qui ne sont pas encore conscients de la sexualité. Les cousins, les beaux-frères et les amis de la famille n’en font pas partie.

Le niqab (voile du visage) est-il obligatoire ?

C’est une question de divergence réelle. Pour de nombreux savants hanafites, malikites et chafi’ites, ainsi qu’Ibn Qudama et Al-Albani, le visage et les mains peuvent rester découverts, même si les couvrir est méritoire. Pour l’école hanbalite, de nombreux chafi’ites tardifs et des savants comme Ibn Baz et Ibn ‘Uthaymin, le visage doit être couvert devant les hommes non mahram. Les deux avis sont légitimes, et chacune peut suivre celui qui la convainc, idéalement après avoir consulté un savant de confiance.

Une femme qui ne porte pas le hijab est-elle encore musulmane ?

Oui. Selon les savants, ne pas porter le hijab est un manquement à une obligation, mais cela ne fait pas sortir de l’Islam celle qui reconnaît cette obligation. Elle reste une musulmane, dont la prière et les bonnes œuvres sont valables. Le rôle de l’entourage est de l’encourager avec bienveillance, et non de la juger : « Allah ne regarde ni vos apparences ni vos biens, mais Il regarde vos cœurs et vos actes » (Muslim n°2564).

Faut-il porter le hijab pour prier, même seule chez soi ?

Oui. Couvrir les parties du corps à couvrir dans la prière est une condition de sa validité, même lorsqu’on prie seule. Pour la femme, cela inclut tout le corps et les cheveux ; le visage et les mains peuvent rester découverts selon la majorité des savants, et les hanafites y ajoutent les pieds. La tenue de prière doit, elle aussi, être opaque.


Sources et références

Coran (traduction de Muhammad Hamidullah) :
Sourate An-Nur (24:30) — « Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté »
Sourate An-Nur (24:31) — « Qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines » ; liste des proches (mahram)
Sourate Al-Ahzab (33:59) — « De ramener sur elles leurs grands voiles »
Sourate Al-Ahzab (33:53) — Le hijab au sens d’écran
Sourate Al-A’raf (7:26) — « Le vêtement de la piété voilà qui est meilleur »

Hadiths :
Sahih Al-Bukhari (n°4758) — Les premières émigrées se couvrent de leurs étoffes à la révélation de 24:31 (d’après ‘A’isha رضي الله عنها)
Sahih Al-Bukhari (n°351) et Sahih Muslim (n°890) — « Que sa sœur la couvre de son jilbab » (d’après Umm ‘Atiyya رضي الله عنها)
Sunan Abi Dawud (n°4104) — « Ceci et ceci » : le visage et les mains (d’après ‘A’isha رضي الله عنها) — mursal selon Abu Dawud (Khalid ibn Durayk n’a pas rencontré ‘A’isha) ; authentifié par Al-Albani par d’autres chaînes ; authenticité discutée
Sahih Muslim (n°2128) — Les femmes « vêtues mais nues » (d’après Abu Hurayra رضي الله عنه)
Sunan an-Nasa’i (n°5126) — La femme qui se parfume pour passer devant les hommes (d’après Abu Musa al-Ash’ari رضي الله عنه) — hasan
Sahih Al-Bukhari (n°5885) — L’imitation entre hommes et femmes (d’après Ibn ‘Abbas رضي الله عنهما)
Sunan Abi Dawud (n°4029) — Le vêtement de renommée (d’après Ibn ‘Umar رضي الله عنهما) — hasan selon Al-Albani
Sahih Al-Bukhari (n°1513) — La femme de Khath’am et le visage d’Al-Fadl détourné (d’après Ibn ‘Abbas رضي الله عنهما)
Sahih Al-Bukhari (n°1838) — La femme en état de sacralisation ne porte ni niqab ni gants (d’après Ibn ‘Umar رضي الله عنهما)
Sahih Al-Bukhari (n°4750) — « J’ai couvert mon visage de mon jilbab » (d’après ‘A’isha رضي الله عنها)
Sahih Al-Bukhari (n°24) et Sahih Muslim (n°36) — « La pudeur fait partie de la foi » (d’après ‘Abdullah ibn ‘Umar رضي الله عنهما)
Sahih Muslim (n°2564) — « Allah ne regarde ni vos apparences ni vos biens, mais Il regarde vos cœurs et vos actes » (d’après Abu Hurayra رضي الله عنه)

Références complémentaires :
At-Tabari, Jami’ al-Bayan — Exégèses d’Ibn ‘Abbas et d’Ibn Mas’ud sur « ce qui en paraît » (24:31)
Al-Albani, Jilbab al-mar’a al-muslima fi al-Kitab wa as-Sunna — Les conditions de la tenue et l’avis du visage découvert
Al-Kasani, Bada’i’ as-Sana’i’ (hanafite) ; Ad-Dardir et Ad-Dasuqi (malikites) ; Ash-Shirazi, Ibn Hajar al-Haytami, Tuhfat al-Muhtaj, et Ar-Ramli (chafi’ites) ; Ibn Qudama, Al-Mughni, et Al-Buhuti, Kashshaf al-Qina’ (hanbalites) — Positions des écoles sur le visage et les mains
Ibn ‘Uthaymin, Risalat al-Hijab — L’avis de l’obligation de couvrir le visage
Note : cet article présente les positions des quatre écoles sunnites. Sur la question du visage, la manière même de résumer ces positions est discutée par les chercheurs contemporains ; les deux avis présentés sont défendus par des savants reconnus. Pour une situation personnelle, il est recommandé de consulter un savant de confiance.

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