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بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Le téléphone vibre, une notification de plus. Une échéance au travail, un message auquel on n’a pas répondu, une inquiétude qui tourne en boucle au moment de s’endormir. Nos journées sont pleines, et nos cœurs le sont souvent encore plus : pleins de bruit, de dispersion, d’une agitation sourde qu’on finit par ne plus remarquer. On cherche le calme dans une pause, un écran, une distraction, et il s’échappe toujours un peu plus loin.
Le Coran propose une réponse d’une simplicité désarmante, que nous connaissons tous sans toujours la vivre : le dhikr, le rappel d’Allah. Quelques mots, à la portée de chacun, sans lieu ni moment imposé, et pourtant décrits comme l’une des plus grandes adorations qui soient. Cet article vous propose d’en comprendre le sens, d’en découvrir les bienfaits à travers les textes authentiques, de passer en revue les grandes formules et leurs mérites, et de voir comment l’intégrer concrètement dans une vie chargée. Pour les rappels propres au début et à la fin de la journée, notre article sur les adhkar du matin et du soir les détaille un par un.
الَّذِينَ آمَنُوا وَتَطْمَئِنُّ قُلُوبُهُم بِذِكْرِ اللَّهِ ۗ أَلَا بِذِكْرِ اللَّهِ تَطْمَئِنُّ الْقُلُوبُ
« … ceux qui ont cru, et dont les cœurs se tranquillisent à l’évocation d’Allah. N’est-ce point par l’évocation d’Allah que se tranquillisent les cœurs ? »
— Coran, Sourate Ar-Ra’d (13:28)
📋 Table des matières
- Qu’est-ce que le dhikr ?
- Le dhikr dans le Coran
- Les bienfaits du dhikr selon la Sunna
- Les grandes formules de rappel et leurs mérites
- Les moments privilégiés du dhikr
- Doigts, chapelet, voix : comment pratiquer
- Le dhikr du cœur : la présence avant le nombre
- Commencer simplement
- ❓ Questions fréquentes
- Sources et références
1. Qu’est-ce que le dhikr ?
Le mot dhikr (ذِكْر) signifie en arabe « rappel », « mention », « souvenir ». Il désigne le fait de se souvenir d’Allah et de Le mentionner : par la langue, en prononçant des formules de glorification et de louange ; par le cœur, en étant conscient de Sa présence ; et par les actes, en Lui obéissant. Au sens le plus courant, le dhikr désigne surtout les formules prononcées : Subhân Allâh, Al-hamdu lillâh, Lâ ilâha illa Allâh, Allâhu akbar, et d’autres encore.
Le dhikr se distingue de la du’a (l’invocation), même si les deux se rejoignent souvent. Le dhikr consiste à glorifier et louer Allah ; la du’a consiste à Lui demander quelque chose. Les deux sont des adorations, et notre article sur les invocations quotidiennes du musulman est consacré à la seconde. Ce qui rend le dhikr si particulier, c’est la promesse réciproque qu’Allah y attache :
فَاذْكُرُونِي أَذْكُرْكُمْ وَاشْكُرُوا لِي وَلَا تَكْفُرُونِ
« Souvenez-vous de Moi donc, Je Me souviendrai de vous. Remerciez-Moi et ne soyez pas ingrats envers Moi ! »
— Coran, Sourate Al-Baqara (2:152)
Ce que ce verset implique concrètement : chaque fois que vous mentionnez Allah, même brièvement, même au milieu d’une journée ordinaire, Allah vous mentionne en retour. Il n’existe sans doute pas de meilleur rapport entre l’effort fourni et ce que l’on reçoit en échange : quelques mots de votre part, et le souvenir du Seigneur des mondes en réponse.
2. Le dhikr dans le Coran
Le Coran revient très souvent sur le dhikr, et une particularité frappe : alors que la plupart des adorations ont une mesure fixée (cinq prières, un mois de jeûne, un taux de zakat), le dhikr est le plus souvent demandé en abondance, sans limite :
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اذْكُرُوا اللَّهَ ذِكْرًا كَثِيرًا
« Ô vous qui croyez ! Évoquez Allah d’une façon abondante. »
— Coran, Sourate Al-Ahzab (33:41)
Dans la même sourate, ceux et celles « qui invoquent souvent Allah » sont cités parmi les croyants à qui Allah a préparé un pardon et une énorme récompense (33:35). Ailleurs, le Coran affirme que « le rappel d’Allah est certes ce qu’il y a de plus grand » (29:45). Et le verset que nous avons cité en ouverture en donne le fruit le plus immédiat : la tranquillité du cœur (13:28).
Ce que ces versets impliquent concrètement : le verbe employé en 13:28, tatma’innu, exprime l’apaisement, la stabilité, le fait de se poser enfin. Le Coran ne dit pas que le dhikr supprime les épreuves, mais qu’il donne au cœur un point d’ancrage au milieu d’elles. C’est une promesse précieuse pour tous ceux qui vivent avec l’inquiétude, le stress ou la fatigue intérieure.
3. Les bienfaits du dhikr selon la Sunna
Le Prophète ﷺ a utilisé une image saisissante pour décrire la différence que fait le dhikr dans une vie :
« L’exemple de celui qui se souvient de son Seigneur et de celui qui ne se souvient pas de son Seigneur est celui du vivant et du mort. »
— Rapporté par Al-Bukhari (n°6407), d’après Abu Musa al-Ash’ari رضي الله عنه
Ce que ce hadith implique concrètement : on peut être en pleine santé, actif, entouré, et pourtant spirituellement éteint. Le dhikr est ce qui maintient le cœur en vie. Dans une version rapportée par Muslim (n°779), le Prophète ﷺ applique la même image aux maisons : la maison où l’on se souvient d’Allah et celle où l’on ne s’en souvient pas sont comme le vivant et le mort. Une maison peut être belle et confortable, et rester sans âme.
Le dhikr est aussi un lien direct avec Allah. Dans un hadith qudsi, Allah dit : « Je suis conforme à l’opinion que Mon serviteur a de Moi, et Je suis avec lui lorsqu’il se souvient de Moi. S’il se souvient de Moi en lui-même, Je Me souviens de lui en Moi-même ; et s’il Me mentionne dans une assemblée, Je le mentionne dans une assemblée meilleure que la sienne. » (rapporté par Al-Bukhari, n°7405, et Muslim, n°2675, d’après Abu Hurayra رضي الله عنه).
Enfin, le Prophète ﷺ a placé le dhikr au sommet des œuvres. Il demanda un jour à ses Compagnons : « Ne vous informerai-je pas de la meilleure de vos œuvres, la plus pure auprès de votre Maître, la plus élevée pour vos degrés, meilleure pour vous que de dépenser l’or et l’argent, et meilleure pour vous que d’affronter votre ennemi ? » Ils dirent : « Si. » Il répondit : « Le rappel d’Allah. » (rapporté par At-Tirmidhi, n°3377, d’après Abu ad-Darda’ رضي الله عنه — jugé hasan ; At-Tirmidhi signale que certains transmetteurs le rapportent sans mentionner le Compagnon). Et il a dit : « Les mufarridûn ont devancé [les autres]. » On lui demanda qui ils étaient. Il répondit : « Ceux et celles qui se souviennent beaucoup d’Allah. » (rapporté par Muslim, n°2676, d’après Abu Hurayra رضي الله عنه).
4. Les grandes formules de rappel et leurs mérites
Voici les principales formules de dhikr enseignées par le Prophète ﷺ, avec les mérites que leur attribuent des hadiths authentiques. Toutes sont courtes, et chacune peut se dire à n’importe quel moment de la journée.
| Formule | Mérite | Source |
|---|---|---|
| سُبْحَانَ اللَّهِ وَبِحَمْدِهِSubhân Allâhi wa bi-hamdihi Gloire et louange à Allah |
Dite 100 fois par jour : les péchés sont effacés, même s’ils étaient aussi nombreux que l’écume de la mer. | Al-Bukhari n°6405 ; Muslim n°2691 |
| سُبْحَانَ اللَّهِ وَبِحَمْدِهِ، سُبْحَانَ اللَّهِ الْعَظِيمِSubhân Allâhi wa bi-hamdihi, Subhân Allâhi l-‘Azîm Gloire et louange à Allah, gloire à Allah le Très Grand |
Deux paroles légères sur la langue, lourdes dans la balance, et aimées du Tout Miséricordieux. | Al-Bukhari n°6406 ; Muslim n°2694 |
| لَا إِلَٰهَ إِلَّا اللَّهُ وَحْدَهُ لَا شَرِيكَ لَهُ، لَهُ الْمُلْكُ وَلَهُ الْحَمْدُ، وَهُوَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌLâ ilâha illa Allâhu wahdahu lâ sharîka lah, lahu l-mulku wa lahu l-hamd, wa huwa ‘alâ kulli shay’in qadîr Il n’y a de divinité qu’Allah, Seul, sans associé ; à Lui la royauté et la louange, et Il est capable de toute chose |
Dite 100 fois par jour : la récompense de l’affranchissement de dix esclaves, cent bonnes actions inscrites, cent fautes effacées, et une protection contre Satan jusqu’au soir. | Al-Bukhari n°6403 ; Muslim n°2691 |
| سُبْحَانَ اللَّهِ، وَالْحَمْدُ لِلَّهِ، وَلَا إِلَٰهَ إِلَّا اللَّهُ، وَاللَّهُ أَكْبَرُSubhân Allâh, wa l-hamdu lillâh, wa lâ ilâha illa Allâh, wa Allâhu akbar Gloire à Allah, louange à Allah, il n’y a de divinité qu’Allah, Allah est le plus grand |
Les quatre paroles les plus aimées d’Allah, sans importance de l’ordre dans lequel on les dit. Le Prophète ﷺ a dit qu’elles lui étaient plus chères que tout ce sur quoi le soleil se lève. | Muslim n°2137 ; Muslim n°2695 |
| الْحَمْدُ لِلَّهِAl-hamdu lillâh Louange à Allah |
Elle remplit la balance ; et « Subhân Allâh wa l-hamdu lillâh » remplissent ce qui est entre les cieux et la terre. | Muslim n°223 |
| لَا حَوْلَ وَلَا قُوَّةَ إِلَّا بِاللَّهِLâ hawla wa lâ quwwata illâ billâh Il n’y a de force ni de puissance qu’en Allah |
L’un des trésors du Paradis. | Al-Bukhari n°6384 ; Muslim n°2704 |
| لَا إِلَٰهَ إِلَّا اللَّهُLâ ilâha illa Allâh Il n’y a de divinité qu’Allah |
Le meilleur des rappels (dhikr). | At-Tirmidhi n°3383 (hasan) |
Ce que ces hadiths impliquent concrètement : dire cent fois Subhân Allâhi wa bi-hamdihi prend environ deux minutes. Les savants précisent toutefois que l’effacement des péchés promis dans ces hadiths concerne, selon l’avis le plus répandu, les péchés mineurs ; les grands péchés nécessitent un repentir sincère. Le dhikr n’est donc pas une formule magique qui dispenserait de changer, mais une porte de miséricorde immense, ouverte à tous, à chaque instant.
5. Les moments privilégiés du dhikr
Le dhikr n’est lié à aucun lieu ni à aucun moment obligatoire. ‘A’isha رضي الله عنها rapporte que le Prophète ﷺ se souvenait d’Allah en tout instant (rapporté par Muslim, n°373), et il a conseillé à un homme : « Que ta langue ne cesse d’être humide du rappel d’Allah » (rapporté par At-Tirmidhi, n°3375, d’après ‘Abdullah ibn Busr رضي الله عنه — jugé hasan). Certains moments ont cependant été particulièrement recommandés :
🕌 Après chaque prière obligatoire : dire Subhân Allâh 33 fois, Al-hamdu lillâh 33 fois et Allâhu akbar 33 fois, puis compléter la centaine par « Lâ ilâha illa Allâhu wahdahu lâ sharîka lah, lahu l-mulku wa lahu l-hamd, wa huwa ‘alâ kulli shay’in qadîr ». Les péchés de celui qui le fait sont pardonnés, même s’ils étaient comme l’écume de la mer (rapporté par Muslim, n°597, d’après Abu Hurayra رضي الله عنه).
🌙 Avant de dormir : lorsque Fatima رضي الله عنها vint demander un serviteur pour l’aider dans ses lourdes tâches, le Prophète ﷺ lui enseigna, ainsi qu’à ‘Ali رضي الله عنه, de dire avant de dormir Subhân Allâh, Al-hamdu lillâh et Allâhu akbar environ trente-trois fois chacun, en lui disant que c’était meilleur pour eux qu’un serviteur (rapporté par Al-Bukhari, n°6318, et Muslim, n°2727, d’après ‘Ali ibn Abi Talib رضي الله عنه). Les versions diffèrent sur celle des trois formules qui est dite 34 fois pour arriver à cent.
🌅 Le matin et le soir : la Sunna contient de nombreux rappels propres à ces deux moments, que nous détaillons dans notre article sur les adhkar du matin et du soir.
🚶 Dans les moments « vides » : en marchant, dans les transports, en attendant, en cuisinant. Ce sont souvent les minutes les plus faciles à transformer en adoration.
Ce que le hadith de Fatima implique concrètement : le Prophète ﷺ ne lui a pas donné un serviteur, il lui a donné une force intérieure. Les savants y ont vu un enseignement précieux pour tous ceux qui sont épuisés par leurs charges : le dhikr avant le sommeil ne supprime pas la fatigue, mais il redonne au cœur et au corps une énergie que le repos seul ne procure pas.
6. Doigts, chapelet, voix : comment pratiquer
Plusieurs questions pratiques reviennent souvent, et certaines font l’objet de divergences entre savants. Voici ce que disent les textes, et où se situent les différents avis.
Compter sur ses doigts : la Sunna
‘Abdullah ibn ‘Amr رضي الله عنهما rapporte : « J’ai vu le Messager d’Allah ﷺ compter le tasbih sur ses doigts » (rapporté par Abu Dawud, n°1502 — authentifié par Al-Albani). Et le Prophète ﷺ a recommandé aux femmes émigrées de compter leurs formules sur leurs doigts, « car ils seront interrogés et seront amenés à parler » le Jour du Jugement (rapporté par Abu Dawud, n°1501, d’après Yusayra رضي الله عنها — jugé hasan par Al-Albani). Les savants s’accordent largement sur le fait que compter sur les doigts est la manière la plus conforme à la Sunna.
Le chapelet (subha ou misbaha) : une divergence
Ceux qui l’autorisent : la grande majorité des savants des quatre écoles juridiques le considère comme permis, en tant que simple moyen de compter. Ibn Taymiyya l’a jugé « bon et non réprouvé » lorsque l’intention est saine (Majmu’ al-Fatawa), et As-Suyuti lui a consacré une épître, Al-Minha fi as-Subha. Beaucoup précisent néanmoins que les doigts restent préférables pour celui qui peut compter sans se tromper.
Ceux qui le déconseillent : d’autres savants, dont le cheikh Al-Albani, l’ont fortement déconseillé, estimant qu’il remplace une pratique prophétique (les doigts) et qu’il peut devenir un objet d’ostentation.
Sur les textes invoqués : deux narrations décrivent des personnes comptant avec des noyaux de dattes ou des cailloux sans que le Prophète ﷺ ne le leur reproche (Abu Dawud n°1500, d’après Sa’d ibn Abi Waqqas ; At-Tirmidhi n°3554, d’après Safiyya), mais toutes deux sont jugées faibles (par Al-Albani pour la première ; At-Tirmidhi qualifie la seconde de gharib). Quant à la parole « Quel excellent rappel que le chapelet ! », parfois citée comme un hadith, elle n’est pas authentique selon Al-Albani (Silsilat al-Ahadith ad-Da’ifa).
À voix haute ou à voix basse ? Seul ou en groupe ?
Le Coran recommande la discrétion : « Et invoque ton Seigneur en toi-même, en humilité et crainte, à voix basse » (7:205). Lors d’un voyage où les Compagnons glorifiaient Allah en criant, le Prophète ﷺ leur dit : « Ô gens, ménagez-vous, car vous n’invoquez ni un sourd ni un absent » (rapporté par Al-Bukhari, n°6384, et Muslim, n°2704, d’après Abu Musa al-Ash’ari رضي الله عنه). Ibn ‘Abbas رضي الله عنهما rapporte cependant qu’à l’époque du Prophète ﷺ, on élevait la voix avec le dhikr à la fin des prières obligatoires (rapporté par Al-Bukhari, n°841). An-Nawawi a concilié ces textes ainsi : la voix basse est préférable lorsqu’il y a un risque d’ostentation ou de gêner les autres, et la voix haute peut l’être en dehors de ces cas.
Se réunir pour se souvenir d’Allah est clairement encouragé : « Des gens ne s’assoient pas pour se souvenir d’Allah sans que les anges ne les entourent, que la miséricorde ne les recouvre, que la sérénité ne descende sur eux, et qu’Allah ne les mentionne auprès de ceux qui sont auprès de Lui » (rapporté par Muslim, n°2700, d’après Abu Hurayra et Abu Sa’id al-Khudri رضي الله عنهما). La divergence porte sur une forme précise : le dhikr récité à l’unisson, d’une seule voix. As-Suyuti l’a défendu dans Natijat al-Fikr fi al-Jahr bi adh-Dhikr, et c’est la position de Dar al-Ifta d’Égypte. Ash-Shatibi, en revanche, l’a classé parmi les innovations dans la forme de l’adoration (Al-I’tisam), position suivie par de nombreux savants contemporains. L’essentiel fait consensus : se rassembler pour rappeler Allah, apprendre et réciter est une source de grande miséricorde.
7. Le dhikr du cœur : la présence avant le nombre
Il est facile de transformer le dhikr en une simple comptabilité : cent fois ceci, trente-trois fois cela, en pensant à tout autre chose. Les nombres transmis dans la Sunna ont leur valeur et doivent être respectés, mais ils ne sont pas le but. Le verset 7:205 le rappelle : « invoque ton Seigneur en toi-même, en humilité et crainte ». Le dhikr le plus parfait est celui où la langue et le cœur sont présents ensemble.
Cela ne veut pas dire qu’il faut attendre d’être parfaitement concentré pour commencer. Les savants rappellent que le dhikr de la langue, même distrait, reste meilleur que le silence de l’oubli, et qu’il ouvre progressivement la porte au dhikr du cœur. On commence par les mots ; avec le temps, le sens finit par les habiter. Une astuce simple : prendre une seule formule, réfléchir quelques instants à ce qu’elle signifie (« gloire à Allah » : Il est au-dessus de tout défaut ; « louange à Allah » : tout bien vient de Lui), puis la répéter en gardant ce sens à l’esprit.
8. Commencer simplement
Le dhikr est l’une des adorations les plus faciles qui soient, et pourtant l’une des plus négligées. Voici une routine minimale, réaliste même pour une vie très chargée :
✅ Après chaque prière : les 33 + 33 + 33 et la formule qui complète la centaine (environ deux minutes).
✅ Une fois par jour : 100 fois Subhân Allâhi wa bi-hamdihi, par exemple dans les transports ou en marchant.
✅ Avant de dormir : le dhikr enseigné à Fatima رضي الله عنها.
✅ Dans les moments d’inquiétude : Lâ hawla wa lâ quwwata illâ billâh, pour remettre le poids entre les mains d’Allah.
✅ Une formule « fil rouge » : choisir une formule, par exemple Lâ ilâha illa Allâh, et la répéter chaque fois que l’on y pense dans la journée.
Commencez petit, mais commencez aujourd’hui. Un dhikr constant, même modeste, vaut mieux qu’un grand élan sans lendemain. Et souvenez-vous de la promesse : « Souvenez-vous de Moi, Je Me souviendrai de vous. »
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Questions fréquentes
Quelle est la différence entre le dhikr et la du'a ?
Le dhikr consiste à se souvenir d’Allah, à Le glorifier et à Le louer, par exemple en disant « Subhân Allâh » ou « Al-hamdu lillâh ». La du’a consiste à Lui adresser une demande. Les deux sont des adorations et se rejoignent souvent : certaines invocations commencent par une louange, et certaines formules de dhikr contiennent une demande implicite.
Quel est le meilleur dhikr ?
Le Prophète ﷺ a dit : « Le meilleur des rappels est : Lâ ilâha illa Allâh » (At-Tirmidhi n°3383, jugé hasan). Il a aussi dit que les quatre paroles les plus aimées d’Allah sont « Subhân Allâh, wa l-hamdu lillâh, wa lâ ilâha illa Allâh, wa Allâhu akbar » (Muslim n°2137), et que « Subhân Allâhi wa bi-hamdihi, Subhân Allâhi l-‘Azîm » sont lourdes dans la balance (Al-Bukhari n°6406, Muslim n°2694).
Peut-on faire le dhikr sans avoir les ablutions ?
Oui. ‘A’isha rapporte que le Prophète ﷺ se souvenait d’Allah en tout instant (Muslim n°373), et les savants s’accordent sur le fait que le dhikr ne nécessite pas les ablutions, même s’il est préférable d’être en état de pureté. La personne en état d’impureté majeure peut aussi faire le dhikr ; la divergence entre savants porte surtout sur la récitation du Coran dans cet état, et non sur les formules de rappel.
Utiliser un chapelet (subha) est-il une innovation ?
C’est une question de divergence. La majorité des savants des quatre écoles le considère comme permis, en tant que simple moyen de compter ; Ibn Taymiyya l’a jugé bon lorsque l’intention est saine. D’autres, dont Al-Albani, l’ont fortement déconseillé. Tous s’accordent sur le fait que compter sur les doigts est conforme à la Sunna : le Prophète ﷺ le faisait (Abu Dawud n°1502) et l’a recommandé (Abu Dawud n°1501).
Le dhikr en groupe est-il permis ?
Se réunir pour se souvenir d’Allah est encouragé : les anges entourent ces assemblées et la miséricorde les recouvre (Muslim n°2700). La divergence porte sur le dhikr récité à l’unisson, d’une seule voix : As-Suyuti et Dar al-Ifta d’Égypte l’autorisent, tandis qu’Ash-Shatibi et de nombreux savants contemporains le considèrent comme une innovation dans la forme de l’adoration.
Le dhikr efface-t-il tous les péchés ?
Plusieurs hadiths authentiques promettent l’effacement des péchés, « même s’ils étaient comme l’écume de la mer », à celui qui dit certaines formules (Al-Bukhari n°6405, Muslim n°597). Selon l’avis le plus répandu parmi les savants, cela concerne les péchés mineurs ; les grands péchés nécessitent un repentir sincère, et les droits des autres doivent être rendus.
Sources et références
Coran (traduction de Muhammad Hamidullah) :
Sourate Ar-Ra’d (13:28) — « N’est-ce point par l’évocation d’Allah que se tranquillisent les cœurs ? »
Sourate Al-Baqara (2:152) — « Souvenez-vous de Moi donc, Je Me souviendrai de vous »
Sourate Al-Ahzab (33:41) — « Évoquez Allah d’une façon abondante »
Sourate Al-Ahzab (33:35) — Ceux et celles qui invoquent souvent Allah
Sourate Al-‘Ankabut (29:45) — « Le rappel d’Allah est certes ce qu’il y a de plus grand »
Sourate Al-A’raf (7:205) — « Invoque ton Seigneur en toi-même, en humilité et crainte, à voix basse »
Hadiths :
Sahih Al-Bukhari (n°6407) — Celui qui se souvient de son Seigneur et celui qui ne s’en souvient pas : le vivant et le mort (d’après Abu Musa al-Ash’ari رضي الله عنه)
Sahih Muslim (n°779) — La maison où l’on se souvient d’Allah et celle où l’on ne s’en souvient pas (d’après Abu Musa al-Ash’ari رضي الله عنه)
Sahih Al-Bukhari (n°7405) et Sahih Muslim (n°2675) — Hadith qudsi : « Je suis avec lui lorsqu’il se souvient de Moi » (d’après Abu Hurayra رضي الله عنه)
Jami’ at-Tirmidhi (n°3377) — « Ne vous informerai-je pas de la meilleure de vos œuvres ? » (d’après Abu ad-Darda’ رضي الله عنه) — hasan ; transmis aussi sous forme mursal selon At-Tirmidhi
Sahih Muslim (n°2676) — Les mufarridûn (d’après Abu Hurayra رضي الله عنه)
Sahih Al-Bukhari (n°6405) et Sahih Muslim (n°2691) — Subhân Allâhi wa bi-hamdihi 100 fois (d’après Abu Hurayra رضي الله عنه)
Sahih Al-Bukhari (n°6406) et Sahih Muslim (n°2694) — Deux paroles légères sur la langue, lourdes dans la balance (d’après Abu Hurayra رضي الله عنه)
Sahih Al-Bukhari (n°6403) et Sahih Muslim (n°2691) — Lâ ilâha illa Allâhu wahdahu… 100 fois (d’après Abu Hurayra رضي الله عنه)
Sahih Muslim (n°2137) — Les quatre paroles les plus aimées d’Allah (d’après Samura ibn Jundub رضي الله عنه)
Sahih Muslim (n°2695) — « Plus cher que tout ce sur quoi le soleil se lève » (d’après Abu Hurayra رضي الله عنه)
Sahih Muslim (n°223) — « Al-hamdu lillâh remplit la balance » (d’après Abu Malik al-Ash’ari رضي الله عنه)
Sahih Al-Bukhari (n°6384) et Sahih Muslim (n°2704) — « Vous n’invoquez ni un sourd ni un absent » ; Lâ hawla wa lâ quwwata illâ billâh, trésor du Paradis (d’après Abu Musa al-Ash’ari رضي الله عنه)
Jami’ at-Tirmidhi (n°3383) — « Le meilleur des rappels est Lâ ilâha illa Allâh » (d’après Jabir ibn ‘Abdillah رضي الله عنهما) — hasan
Sahih Muslim (n°373) — Le Prophète ﷺ se souvenait d’Allah en tout instant (d’après ‘A’isha رضي الله عنها)
Jami’ at-Tirmidhi (n°3375) — « Que ta langue ne cesse d’être humide du rappel d’Allah » (d’après ‘Abdullah ibn Busr رضي الله عنه) — hasan
Sahih Muslim (n°597) — Le dhikr après la prière : 33 + 33 + 33 + 1 (d’après Abu Hurayra رضي الله عنه)
Sahih Al-Bukhari (n°6318) et Sahih Muslim (n°2727) — Le dhikr de Fatima avant de dormir (d’après ‘Ali ibn Abi Talib رضي الله عنه)
Sunan Abi Dawud (n°1502) — Le Prophète ﷺ comptait le tasbih sur ses doigts (d’après ‘Abdullah ibn ‘Amr رضي الله عنهما) — authentifié par Al-Albani
Sunan Abi Dawud (n°1501) — « Comptez sur vos doigts, car ils seront interrogés » (d’après Yusayra رضي الله عنها) — hasan selon Al-Albani
Sunan Abi Dawud (n°1500) — La femme comptant avec des noyaux ou des cailloux (d’après Sa’d ibn Abi Waqqas رضي الله عنه) — faible selon Al-Albani
Jami’ at-Tirmidhi (n°3554) — Safiyya comptant avec des noyaux de dattes — gharib selon At-Tirmidhi, faible
Sahih Al-Bukhari (n°841) — Le dhikr à voix haute après la prière à l’époque du Prophète ﷺ (d’après Ibn ‘Abbas رضي الله عنهما)
Sahih Muslim (n°2700) — Les anges entourent les assemblées de dhikr (d’après Abu Hurayra et Abu Sa’id al-Khudri رضي الله عنهما)
Références complémentaires :
An-Nawawi, Al-Adhkar — Sur le dhikr à voix haute et à voix basse
Ibn Taymiyya, Majmu’ al-Fatawa — Sur le chapelet
As-Suyuti, Al-Minha fi as-Subha et Natijat al-Fikr fi al-Jahr bi adh-Dhikr — Sur le chapelet et le dhikr à voix haute
Ash-Shatibi, Al-I’tisam — Sur le dhikr à l’unisson
Al-Albani, Silsilat al-Ahadith ad-Da’ifa — Sur la narration « Quel excellent rappel que le chapelet »
Note : les questions pratiques du chapelet et du dhikr collectif font l’objet de divergences entre savants sunnites ; cet article en présente les principaux avis. Les formules et leurs mérites cités reposent sur des hadiths authentiques.
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