La prière de l’Aïd : comment l’accomplir et ses règles

📖 13 min de lecture

بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

Il y a peu de matins aussi joyeux que celui de l’Aïd. Après un mois de jeûne pour l’Aïd al-Fitr, ou au cœur des jours bénis du pèlerinage pour l’Aïd al-Adha, les rues se remplissent de familles endimanchées, l’air résonne de takbirs, et les cœurs sont légers. Au centre de cette fête se trouve un moment de recueillement collectif : la prière de l’Aïd (salat al-‘Id). C’est une prière un peu particulière — elle ne ressemble pas tout à fait aux cinq prières quotidiennes : pas d’appel à la prière, un nombre inhabituel de takbirs, un sermon qui vient après et non avant. Résultat : beaucoup de musulmans arrivent au lieu de prière sans trop savoir comment elle se déroule, et se contentent de suivre l’imam de leur mieux. Cet article vous explique tout : le déroulé précis de la prière (avec ses takbirs), les sunnas qui l’entourent, et les règles pratiques (le moment, le statut, où et quand), pour les deux Aïd. Il complète naturellement nos articles sur le mois de Ramadan (qui s’achève par l’Aïd al-Fitr) et sur les dix premiers jours de Dhoul-Hijja (qui culminent avec l’Aïd al-Adha).

« Jabir ibn ‘Abdullah رضي الله عنهما a dit : « J’ai prié l’Aïd avec le Messager d’Allah ﷺ ; il commença par la prière avant le sermon, sans adhan ni iqama. » »
— Rapporté par Muslim (n°887) et Al-Bukhari (n°958-960)

1. Les deux Aïd et le statut de leur prière

L’Islam compte deux fêtes (Aïd) : l’Aïd al-Fitr, qui marque la fin du jeûne de Ramadan (le 1er Chawwal), et l’Aïd al-Adha, la fête du sacrifice, le 10 Dhoul-Hijja, pendant la période du Hajj. La prière de l’Aïd est la même dans son déroulé pour les deux fêtes ; seules quelques sunnas qui l’entourent diffèrent (nous y reviendrons).

Quant à son statut, les savants divergent : pour l’école Hanafi, la prière de l’Aïd est wajib (obligatoire) ; pour les Hanbalites, elle est une fard kifaya (obligation collective) ; pour les Malikites et les Shafi’ites, elle est une sunna mu’akkada (fortement recommandée). Tous s’accordent cependant sur son immense importance : le Prophète ﷺ ne l’a jamais manquée et ordonnait même aux femmes de sortir pour y assister. Dans tous les cas, il ne faut pas la délaisser sans raison valable.

2. Quand et où accomplir la prière de l’Aïd ?

Le moment : la prière s’accomplit après le lever du soleil (environ 15 à 20 minutes après le lever, quand le soleil s’est élevé), et jusqu’à peu avant le zénith (l’heure de Dhohr). Il n’y a qu’une seule prière de l’Aïd, le matin de la fête.

Le lieu : la Sunna est de l’accomplir dans un grand espace en plein air (le musalla), comme le faisait le Prophète ﷺ, afin de rassembler le plus grand nombre. Elle peut aussi se tenir à la mosquée, notamment par mauvais temps.

Pas d’adhan ni d’iqama : contrairement aux prières quotidiennes, aucun appel à la prière n’est prononcé. On ne dit ni adhan, ni iqama, ni aucune autre annonce.

Ce dernier point est bien établi par la Sunna : Ibn ‘Abbas et Jabir رضي الله عنهم ont tous deux rapporté qu’il n’y avait pas d’adhan pour la prière de l’Aïd al-Fitr ni de l’Aïd al-Adha (Al-Bukhari, n°960 ; Muslim, n°886).

🕌 Vos adorations, bien comprises

Accomplissez chaque prière avec confiance

Guides de prière, invocations et règles pratiques expliqués pas à pas, avec leurs sources — gratuitement sur la plateforme Horizons Islamiques.

Explorer la plateforme →

3. Le déroulé de la prière, étape par étape

La prière de l’Aïd se compose de deux rakats, avec des takbirs supplémentaires qui font sa particularité. Voici le déroulé selon la description la plus répandue (nous détaillons la divergence sur le nombre de takbirs juste après).

1. L’intention (niyya) d’accomplir la prière de l’Aïd, puis le takbir d’ouverture (Allahu Akbar), en levant les mains.

2. Les takbirs supplémentaires du premier rakat : avant la récitation, l’imam prononce plusieurs takbirs supplémentaires (le décompte varie selon les écoles, voir plus bas), en levant les mains à chacun.

3. La récitation : l’imam récite la Fatiha, puis une sourate à voix haute (souvent Al-A’la au premier rakat).

4. Le déroulement habituel du rakat : inclinaison (roukou’), prosternations (soujoud), comme dans toute prière.

5. Le deuxième rakat : après s’être relevé, l’imam prononce de nouveaux takbirs supplémentaires (moins nombreux qu’au premier), puis récite la Fatiha et une sourate (souvent Al-Ghashiya), avant de compléter le rakat.

6. Le tashahhud et le salam, comme d’ordinaire, pour clore la prière.

Vient ensuite le sermon (khutba), prononcé par l’imam après la prière — c’est l’inverse de la prière du vendredi, où le sermon précède la prière. Rester pour écouter la khutba est fortement recommandé.

4. Le nombre de takbirs : ce que disent les écoles

C’est le point sur lequel les écoles juridiques divergent le plus, et il vaut mieux le savoir pour ne pas être surpris selon la mosquée où l’on prie. La divergence porte sur le nombre de takbirs supplémentaires, pas sur le principe.

Écoles Maliki, Shafi’i et Hanbali (avis le plus répandu) : 7 takbirs au premier rakat et 5 takbirs au second. Les écoles diffèrent sur un détail : faut-il inclure le takbir d’ouverture dans les 7, et le takbir du relèvement dans les 5 ? D’où de légères variations de comptage, mais l’ossature « 7 puis 5 » est la plus connue.

École Hanafi : 3 takbirs supplémentaires au premier rakat (après le takbir d’ouverture) et 3 au second (avant l’inclinaison), avec un placement différent dans la prière.

Le conseil pratique : ces différences reposent toutes sur des pratiques authentiquement rapportées du Prophète ﷺ et de ses Compagnons — aucune n’est « fausse ». En pratique, suivez simplement votre imam : levez les mains et dites « Allahu Akbar » avec lui, autant de fois qu’il le fait. Si vous priez derrière un imam d’une autre école que la vôtre, votre prière reste valide. L’essentiel est de ne pas se troubler pour une question de décompte.

📱 Application & Plateforme gratuite

Vos repères islamiques toujours avec vous

Guides de prière, invocations et règles des fêtes expliqués avec leurs sources, gratuitement sur la plateforme et l’application Horizons Islamiques.

Explorer la plateforme →

5. Les sunnas autour de la prière de l’Aïd

Le matin de l’Aïd suit une belle série de recommandations prophétiques qui préparent le cœur à la fête :

Faire le ghusl (la grande ablution) avant de se rendre à la prière, et revêtir ses plus beaux vêtements propres.

Manger avant l’Aïd al-Fitr, mais pas avant l’Aïd al-Adha : le Prophète ﷺ mangeait quelques dattes, en nombre impair, avant de sortir pour l’Aïd al-Fitr (Al-Bukhari, n°953). Pour l’Aïd al-Adha, au contraire, il ne mangeait qu’après la prière, souvent de la viande de son sacrifice.

Multiplier les takbirs de l’Aïd sur le chemin (« Allahu Akbar, Allahu Akbar, la ilaha illa Allah… »), à voix audible pour les hommes.

Emprunter des chemins différents à l’aller et au retour, comme le faisait le Prophète ﷺ.

Se féliciter mutuellement : l’échange de « Taqabbal Allahu minna wa minkum » (Qu’Allah accepte de nous et de vous) est une belle pratique rapportée des Compagnons.

Pour l’Aïd al-Adha, un rite majeur s’ajoute après la prière : le sacrifice (oudhiya). Le Prophète ﷺ a précisé que le premier acte du jour est la prière, puis le sacrifice, et que celui qui sacrifie avant la prière n’offre que de la viande ordinaire, non un sacrifice validé (Al-Bukhari, n°968, d’après Al-Bara’ ibn ‘Azib رضي الله عنه).

6. Que faire si l’on manque la prière ?

Si l’on arrive en retard et qu’on rejoint l’imam en cours de prière, on complète normalement ce qui a été manqué après son salam, comme pour toute prière. Si l’on manque entièrement la prière en congrégation (parce qu’on est arrivé trop tard, malade, en voyage, ou empêché), la majorité des savants estiment qu’on peut l’accomplir seul ou en petit groupe, selon le même déroulé — mais sans sermon, qui est propre à la prière en assemblée. Certains la considèrent alors comme une prière de rattrapage recommandée plutôt qu’obligatoire.

Les femmes qui ne se rendent pas au lieu de prière, ou toute personne empêchée, ne doivent pas culpabiliser : l’esprit de l’Aïd reste la gratitude et la joie. L’essentiel est de ne pas délaisser volontairement, sans excuse, ce beau rassemblement quand on en a la possibilité.

Questions fréquentes


Combien de rakats compte la prière de l'Aïd ?

La prière de l’Aïd se compose de deux rakats (deux unités de prière), pour l’Aïd al-Fitr comme pour l’Aïd al-Adha. Sa particularité n’est pas le nombre de rakats, mais les takbirs supplémentaires prononcés dans chacun d’eux, et le sermon qui suit la prière au lieu de la précéder. Elle est suivie d’une khutba (sermon) qu’il est fortement recommandé d’écouter.

Combien de takbirs faut-il faire dans la prière de l'Aïd ?

Cela dépend de l’école juridique. Selon l’avis le plus répandu (Maliki, Shafi’i, Hanbali), on prononce 7 takbirs au premier rakat et 5 au second, avec de légères variations selon qu’on inclut ou non le takbir d’ouverture et celui du relèvement. Selon l’école Hanafi, ce sont 3 takbirs supplémentaires au premier rakat et 3 au second, placés différemment. Toutes ces formes reposent sur des pratiques authentiques : aucune n’est fausse. En pratique, il suffit de suivre l’imam et de répéter « Allahu Akbar » avec lui à chaque fois.

Y a-t-il un adhan pour la prière de l'Aïd ?

Non. Contrairement aux cinq prières quotidiennes, la prière de l’Aïd n’a ni adhan (appel à la prière) ni iqama, ni aucune autre annonce. C’est solidement établi par la Sunna : Ibn ‘Abbas et Jabir رضي الله عنهم ont rapporté qu’il n’y avait pas d’adhan pour l’Aïd al-Fitr ni pour l’Aïd al-Adha (Al-Bukhari n°960, Muslim n°886). L’imam commence directement par la prière, puis prononce le sermon ensuite.

À quelle heure se fait la prière de l'Aïd ?

Elle s’accomplit le matin de la fête, après le lever du soleil — environ 15 à 20 minutes après, une fois que le soleil s’est un peu élevé — et jusqu’à peu avant le zénith (l’entrée de l’heure de Dhohr). Il est recommandé d’arriver tôt. Pour l’Aïd al-Adha, on la fait un peu plus tôt afin de laisser le temps pour le sacrifice ; pour l’Aïd al-Fitr, on la retarde légèrement, le temps de donner la Zakat al-Fitr et de manger quelques dattes.

Quelle est la différence de sunnas entre l'Aïd al-Fitr et l'Aïd al-Adha ?

Le déroulé de la prière est identique, mais deux sunnas diffèrent. D’abord le repas : pour l’Aïd al-Fitr, on mange quelques dattes (en nombre impair) avant de sortir prier, pour marquer la fin du jeûne ; pour l’Aïd al-Adha, on ne mange qu’après la prière, idéalement de la viande du sacrifice. Ensuite, l’Aïd al-Adha comporte le rite du sacrifice (oudhiya) après la prière, absent de l’Aïd al-Fitr, qui lui est associé à la Zakat al-Fitr versée avant la prière.

Peut-on prier l'Aïd seul chez soi si on rate la mosquée ?

La majorité des savants l’autorisent. Si vous manquez la prière en congrégation (retard, maladie, voyage, ou impossibilité), vous pouvez l’accomplir seul ou en petit groupe familial, selon le même déroulé de deux rakats avec les takbirs — mais sans sermon, qui est propre à l’assemblée. Certains la considèrent alors comme une prière de rattrapage recommandée. L’important est de ne pas délaisser volontairement le rassemblement sans excuse quand on peut y aller, car y assister fait partie des grandes sunnas de la fête.


Sources et références

Hadiths :
Sahih Al-Bukhari (n°958-960) et Sahih Muslim (n°887) — La prière de l’Aïd avant le sermon, sans adhan ni iqama (d’après Jabir ibn ‘Abdullah et Ibn ‘Abbas رضي الله عنهم)
Sahih Muslim (n°886) — Absence d’adhan et d’iqama pour l’Aïd al-Fitr et l’Aïd al-Adha (d’après Ibn ‘Abbas et Jabir رضي الله عنهم)
Sahih Al-Bukhari (n°989) et Sahih Muslim (n°884) — Le Prophète ﷺ priait deux rakats à l’Aïd, sans prière avant ni après sur le lieu (d’après Ibn ‘Abbas رضي الله عنهما)
Sahih Al-Bukhari (n°953) — Manger des dattes en nombre impair avant l’Aïd al-Fitr (d’après Anas ibn Malik رضي الله عنه)
Sahih Al-Bukhari (n°968) — Le premier acte du jour de l’Aïd al-Adha est la prière, puis le sacrifice ; sacrifier avant la prière n’est pas un sacrifice validé (d’après Al-Bara’ ibn ‘Azib رضي الله عنه)
Jami’ at-Tirmidhi (n°542) et Sunan Ibn Majah (n°1756) — Manger avant l’Aïd al-Fitr, ne pas manger avant l’Aïd al-Adha — hadith authentifié

Références complémentaires :
Ibn Qudama, Al-Mughni — Sur le statut de la prière de l’Aïd et le nombre de takbirs selon les écoles
Ibn Rushd, Bidayat al-Mujtahid — Synthèse comparée des avis des écoles sur la prière de l’Aïd
Note : le statut de la prière (obligatoire, obligation collective ou sunna appuyée) et le décompte exact des takbirs varient selon les écoles juridiques. Cet article présente les avis principaux ; en pratique, on suit l’imam de sa mosquée.

Explorez Horizons Islamiques

Accédez au Coran, aux hadiths, aux invocations authentiques et à nos outils islamiques — disponible gratuitement sur iOS et Android.

Défiler vers le haut